Gazole à 2,30 € : pourquoi les 100 millions de barils du G7 risquent de ne baisser la pompe que de quelques centimes

Par Camille Renaut
6 min

Vous payez le gazole plus de 2,30 euros le litre et vous attendez une baisse. Vendredi 2 octobre, le G7 a décidé de puiser dans ses réserves stratégiques. Mais l'effet immédiat sur votre plein sera limité : quelques centimes au mieux, et pas durablement, selon un spécialiste de l'énergie.

En bref

  • Le G7 libère jusqu'à 100 millions de barils de diesel et de brut en quatre mois, sous coordination de l'Agence internationale de l'énergie.
  • Après l'annonce, le cours du pétrole européen est tombé à 98 dollars, puis est vite repassé au-dessus de 100 dollars.
  • Pour Thierry Bros, les prix pourraient reculer de quelques centimes, temporairement : les guerres tendent toujours l'équilibre entre offre et demande.

Le chiffre clé : 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut que le G7 libère de ses réserves en quatre mois.

Le G7 ouvre ses réserves stratégiques pour quatre mois

Réunis en urgence vendredi 2 octobre sous la présidence d'Emmanuel Macron, les dirigeants du G7 ont décidé de débloquer jusqu'à 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut. L'opération est coordonnée par l'Agence internationale de l'énergie et doit s'étaler sur quatre mois.

L'objectif affiché est de soulager les automobilistes. Le président français l'a dit ainsi : « Je souhaite que tout cela puisse accompagner et déclencher une baisse des prix sur les marchés mondiaux. » Les prix à la pompe ont grimpé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Pour mesurer l'ampleur du geste, un repère : les Européens disposent de 771 millions de barils en stock. Les 100 millions du G7 en représentent une partie, pas la totalité des réserves.

ÉlémentCe qui a été annoncé
VolumeJusqu'à 100 millions de barils
ProduitsDiesel et pétrole brut
DuréeSous quatre mois
Gazole, premier voletStocks « substantiels » sur le marché dans les 20 jours
ExportationsAucune limitation entre membres du G7

Le marché a réagi une heure, pas davantage

La réaction des cours donne le ton. Juste après l'annonce, le pétrole européen a chuté à 98 dollars. Il est remonté très rapidement au-dessus de 100 dollars.

Autrement dit, les marchés ont salué la décision, puis l'ont jugée insuffisante pour changer la donne. Or c'est le cours du brut qui alimente, avec un décalage, le prix que vous lisez sur le totem de la station.

À la pompe, la situation reste lourde : plus de 2,10 euros pour le Sans-Plomb 95 et 2,30 euros pour le diesel. Des automobilistes interrogés espèrent repasser sous les 2 euros le litre, et certains réclament un effet immédiat, car ils utilisent leur voiture tous les jours pour travailler.

Thierry Bros prévient : on gagne du temps, pas des prix bas

Le professeur à Sciences Po Thierry Bros, spécialiste des questions énergétiques, est clair sur l'horizon. Les prix pourraient reculer de quelques centimes, mais de façon temporaire.

« Vous avez deux guerres, et ces deux guerres ne sont pas résolues, donc, l'équilibre offre-demande se tend. Ce que l'on a fait aujourd'hui, c'est un peu ce que l'on avait fait au début de la guerre en Iran, on s'achète du temps. Mais on ne s'achète pas des prix bas. »

Thierry Bros, professeur à Sciences Po, interrogé par France Télévisions

Piocher dans les stocks ajoute de l'offre, mais ne règle pas la cause de la tension. Tant que les conflits durent, la demande continue de presser un marché qui manque de marge.

Un précédent de mars qui n'est pas allé jusqu'au bout

Ce n'est pas la première libération de stocks. En mars, les États membres de l'Agence internationale de l'énergie, dont ceux de l'Union européenne, avaient promis de libérer progressivement 400 millions de barils.

Tous n'ont pas encore été mis sur le marché. Ce point compte : une annonce n'est pas un baril livré. Les 100 millions du G7 s'ajoutent à un effort déjà engagé, dont une partie reste à écouler.

Pour le gazole, le calendrier est plus serré. Les dirigeants promettent des stocks « substantiels » sur le marché dans les 20 prochains jours. C'est la première échéance à surveiller pour juger de l'effet réel.

Le bras de fer avec Washington est désamorcé, pour l'instant

Derrière l'annonce se cachait une tension. Donald Trump avait pressé les Européens de puiser dans leurs réserves, en menaçant d'interdire les exportations américaines de diesel vers l'Europe. L'Union européenne s'y est opposée « catégoriquement » vendredi après-midi.

Emmanuel Macron a précisé que le G7 avait acté l'absence de limitation ou d'interdiction d'export entre ses membres. Le président américain a jugé en fin de journée que l'Europe avait « très bien fait » de puiser dans ses réserves de gazole, et a assuré qu'une interdiction n'avait « jamais vraiment été sur la table ».

Pour votre budget, ce point est loin d'être anecdotique : le risque d'un blocage des livraisons de diesel, qui aurait pu pousser les prix encore plus haut, s'éloigne.

Ce que cela change pour votre plein

Soyez réaliste : n'attendez pas un retour sous les 2 euros dans la semaine. L'expert parle de quelques centimes, et de façon passagère. Sur un plein de 50 litres, chaque centime gagné au litre représente 50 centimes d'économie, pas de quoi bouleverser un budget.

Les deux signaux à suivre sont le cours du pétrole, qui oscille autour de 100 dollars, et l'arrivée effective du gazole sur le marché dans les 20 jours. Si le cours repasse durablement sous ce seuil, la pompe pourrait suivre. Sinon, la tension reste là.

Vos questions

Les prix à la pompe vont-ils baisser après l'annonce du G7 ?

Peut-être de quelques centimes, mais temporairement, selon Thierry Bros, professeur à Sciences Po. Il estime que l'on s'achète du temps, pas des prix bas, tant que les deux guerres ne sont pas résolues.

Combien de barils le G7 va-t-il libérer, et quand ?

Jusqu'à 100 millions de barils de diesel et de pétrole brut, sous quatre mois et sous la coordination de l'Agence internationale de l'énergie. Pour le gazole, des stocks « substantiels » doivent arriver sur le marché dans les 20 prochains jours.

Pourquoi Donald Trump menaçait-il l'Europe ?

Il avait menacé de bloquer les exportations de diesel américain vers l'Europe si les Européens ne libéraient pas leurs réserves. L'Union européenne s'y est opposée, et le G7 a acté l'absence de limitation d'export entre ses membres.

Sources : franceinfo.

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