Prix à la pompe au-dessus de 2,25 € : pourquoi le plein reste cher alors que le pétrole du Golfe circule à nouveau

Par Camille Renaut
6 min

Vous faites le plein et le litre dépasse encore 2,25 euros en moyenne, alors que le pétrole du Golfe sort de nouveau en quantité. Le décalage tient aux carburants, pas au brut : raffineries abîmées, marges élevées, fret et assurances chers. Les experts parlent de plusieurs semaines avant un effet visible.

En bref

  • Les exportations de brut du Moyen-Orient, Iran exclu, ont dépassé la moyenne d'avant-guerre de 18 millions de barils par jour.
  • À la pompe, l'essence et le gazole restent au-dessus de 2,25 euros le litre en moyenne, malgré un Brent à 101,44 dollars.
  • Le blocage vient du raffinage, des marges élevées et du transport maritime : un expert évoque trois à quatre semaines avant un effet.

Le chiffre clé : 2,25 euros, seuil que le litre d'essence et de gazole dépasse encore en moyenne.

Le brut du Golfe sort à nouveau au rythme d'avant la guerre

Les chiffres sont là. D'après le suivi maritime de Kpler, les exportations de brut des pays du Moyen-Orient, Iran exclu, ont dépassé la semaine dernière leur moyenne d'avant le conflit, fixée à 18 millions de barils par jour. Elles l'ont fait plusieurs jours de suite, une première depuis les frappes israélo-américaines contre l'Iran de fin février.

Logiquement, le baril recule. Lundi matin, le Brent de la mer du Nord pour livraison en décembre perdait 0,79 %, à 101,44 dollars. Mais cette baisse se lit à peine sur votre ticket : à la pompe, l'essence et le gazole dépassent encore 2,25 euros le litre en moyenne.

Le pétrole disponible et le prix du plein ne racontent donc pas la même histoire. Le premier parle de brut. Le second parle de carburant raffiné, transporté et assuré.

Oléoducs et navires de nuit : le pétrole contourne le blocage

Le détroit d'Ormuz, contrôlé par l'Iran, voyait passer avant la guerre environ un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde. Téhéran exige désormais une autorisation pour le traverser. Les navires qui refusent s'exposent à des attaques, devenues presque quotidiennes.

Les pays producteurs ont donc multiplié les routes. Voici celles que décrivent les sources.

RouteComment ça marche
Oléoduc saoudien Est-OuestIl relie l'est du pays au port de Yanbu, sur la mer Rouge, avec jusqu'à sept millions de barils par jour exportés
Oléoduc des Émirats arabes unisIl rejoint le terminal de Fujairah, situé hors du détroit
Navires navettesIls acceptent de risquer Ormuz, de nuit, sous protection américaine
TransbordementUne fois sortie du détroit, la cargaison passe sur d'autres pétroliers, notamment au large d'Oman

Les convois ressemblent à une opération discrète. Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse pétrolière chez Kpler, le résume ainsi :

« On a des convois de navires qui passent le détroit d'Ormuz la nuit avec une protection américaine. Tous les signaux des bateaux sont éteints »

Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse pétrolière chez Kpler

Le vrai goulot se trouve dans le diesel, pas dans le brut

Ce que vous payez à la pompe, c'est un produit raffiné. Or les raffineries du Moyen-Orient ont été endommagées. Jean-Louis Schilansky, ancien président de l'Union française des industries pétrolières, le dit sans détour : « Le goulot d'étranglement qui existe sur la production de diesel reste intact. » Résultat, le pétrole circule, mais l'essence et le gazole manquent encore.

L'économiste Philippe Chalmin, professeur à Paris-Dauphine, ajoute un second verrou. Dans le prix hors taxe d'un carburant, le raffinage pèse aujourd'hui aussi lourd que le brut. Et la marge de raffinage, soit l'écart entre le prix du pétrole et celui des produits raffinés, reste « exceptionnellement élevée ».

Concrètement, même quand le baril perd quelques dollars, les raffineries continuent de vendre leurs produits cher. C'est ce qui freine la baisse à la pompe.

La demande joue aussi. Les raffineurs chinois reviennent sur le marché, alors que leur demande avait « considérablement diminué » auparavant. Leur retour soutient la demande mondiale de produits pétroliers, donc leurs prix.

Fret, attaques et incertitude alourdissent encore la facture

Le transport coûte cher, et les assurances aussi. Avec la reprise du trafic dans le détroit, le fret des pétroliers s'est envolé. Certains tarifs auraient même quadruplé pour les plus gros navires, les VLCC, selon Philippe Chalmin.

Le climat reste tendu. Le week-end dernier, l'oléoduc saoudien a été frappé. Lundi soir, des détonations ont encore été entendues à Riyad, la capitale. L'oléoduc Est-Ouest avait déjà été fermé le 11 septembre après des frappes venues d'Irak, avant de reprendre du service.

Olivier Appert, conseiller du Centre Énergie de l'Institut français des relations internationales, invite à relativiser la réouverture. Il constate une augmentation du transit, mais encore très nettement inférieure à celle d'avant le conflit. Pour lui, c'est « un marché qui réagit au contexte politique », et la situation « n'a quand même pas beaucoup changé, il est toujours flou ».

Cette nervosité explique que les cours puissent encore varier fortement d'un jour à l'autre.

Trois à quatre semaines avant un effet, selon un expert

Faut-il espérer une baisse rapide ? Pas vraiment. Olivier Appert estime qu'il faudrait « quelques semaines, trois, peut-être quatre, pour qu'il y ait un impact sur le marché ». La patience reste donc de mise avant une éventuelle baisse en France.

Pour votre budget, la leçon est simple. Un Brent qui recule ne garantit pas un plein moins cher. Surveillez aussi ce qui se passe côté raffinage et transport : c'est là que le prix se joue en ce moment.

Tant que les raffineries endommagées ne produisent pas davantage de diesel et que le fret reste élevé, les marges tiennent les prix en haut. Et une nouvelle frappe sur une infrastructure du Golfe peut suffire à relancer la nervosité du marché.

Vos questions

Pourquoi le plein reste-t-il cher si le pétrole circule à nouveau ?

Parce que le brut n'est qu'une partie du prix. Les raffineries du Moyen-Orient ont été endommagées, la marge de raffinage reste exceptionnellement élevée et le fret maritime a flambé. Le pétrole abonde, mais l'essence et le gazole manquent encore.

Le détroit d'Ormuz est-il vraiment rouvert ?

Le trafic a repris, mais l'Iran exige une autorisation et les attaques sont presque quotidiennes. Certains pétroliers passent sous escorte américaine, d'autres de nuit. Selon Olivier Appert, le transit reste très inférieur à celui d'avant le conflit.

Quand les prix à la pompe peuvent-ils baisser ?

Aucune date n'est garantie. Olivier Appert évoque trois, peut-être quatre semaines avant un impact sur le marché. Cela suppose que la situation autour d'Ormuz se stabilise et que la production de diesel remonte.

Sources : 20 Minutes, Auto Plus, franceinfo.

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