Ormuz rouvert, plein toujours cher : pourquoi le baril reste à 100 dollars, et ce que les analystes en disent

Par Camille Renaut
6 min

Le détroit d'Ormuz est de nouveau praticable, 16,5 millions de barils par jour ont quitté le Golfe en septembre, et pourtant votre plein ne baisse pas. Le baril stagne autour de 100 dollars. Stocks bas, raffineries qui s'arrachent le brut, traders méfiants : les analystes détaillent ce qui bloque la baisse.

En bref

  • 16,5 millions de barils par jour ont quitté le Moyen-Orient en septembre, environ 80 % des volumes d'avant-guerre.
  • Le baril stagne autour de 100 dollars, alors qu'il était tombé de 95 à 65 dollars en juin.
  • Stocks très bas, raffineries qui achètent tout le brut disponible et traders méfiants empêchent toute baisse sensible à court terme.

Le chiffre clé : 100 dollars, Prix du baril de brut, qui stagne malgré la réouverture d'Ormuz.

Ormuz a rouvert, avec 80 % des volumes d'avant-guerre

Côté trafic, les chiffres sont bons. Selon les données publiées le 1er octobre par Kpler, au moins 16,5 millions de barils par jour ont été exportés depuis le Moyen-Orient en septembre 2026. C'est environ 80 % des volumes qui passaient autrefois par le détroit.

Le contraste est net avec le début de l'année. Après les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février, la voie maritime avait été fermée de fait. En mars, le flux était tombé à 6 millions de barils par jour. À l'automne, la circulation a retrouvé une allure quasi normale.

Les observateurs le confirment. JPMorgan estime, selon Bloomberg, que « les artères d'exportation de pétrole du Moyen-Orient sont de nouveau opérationnelles ». Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, relève qu'il y a « davantage d'acteurs prêts à essayer de sortir du détroit d'Ormuz et à réussir ». Donald Trump avait promis une baisse des prix dès que la menace iranienne cesserait de peser sur les flux. Elle n'a pas eu lieu.

Le baril reste à 100 dollars, loin de la chute de juin

Le brut stagne autour de 100 dollars. Une légère baisse a bien été enregistrée le 2 octobre, mais rien de comparable à juin. À l'époque, un protocole d'accord entre Washington et Téhéran avait fait plonger le baril de 95 à 65 dollars en quelques jours, rappelle Alexandre Baradez, analyste des marchés chez IG France.

ÉpisodeEffet sur le barilNature de la nouvelle
Juin 2026De 95 à 65 dollars en quelques joursProtocole d'accord entre Washington et Téhéran
Septembre et début octobre 2026Autour de 100 dollars, légère baisse le 2 octobreReprise des exportations par des mesures d'urgence

Pourquoi un tel écart ? Juin ouvrait la perspective de négociations de paix durables. Septembre relève, selon Agata Loskot-Strachota, du Centre for Eastern Studies, de mesures d'urgence plutôt que d'une solution pérenne.

Contournements improvisés et stocks au plus bas entretiennent la nervosité

Pour maintenir les volumes, les acteurs du secteur multiplient les parades. L'Arabie saoudite fait passer davantage de brut par son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge. Cet outil pourrait « tout aussi bien être ciblé par l'Iran ou les Houthis », prévient Michael Tamvakis, de la Bayes Business School. Des cargos coupent leur transpondeur pour échapper à la surveillance iranienne. L'Irak envoie son pétrole par camions-citernes, une solution jugée non viable à long terme, car « beaucoup plus coûteux et limité » que le bateau. Les États-Unis escortent des cargos, ce que leur armée ne pourra pas faire indéfiniment.

Les réserves jouent aussi. Aux États-Unis, les stocks stratégiques n'ont jamais été aussi bas depuis les années 1980, selon Alexandre Baradez. La Chine a puisé dans les siens et réduit ses importations, indique Michael Tamvakis. Or, plus les stocks sont bas, plus le marché réagit au moindre signal, observe Adi Imsirovic, de l'université d'Oxford.

Les menaces de Donald Trump de couper les exportations américaines de carburant et de diesel ont encore alimenté cette tension. Les Européens craignent de manquer de réserves en cas d'interruption des flux venus des États-Unis.

Les raffineries achètent tout le brut, même très cher

Autre moteur de la hausse : un marché du carburant que Agata Loskot-Strachota qualifie de « complètement fou ». Les prix à la pompe sont si élevés que les raffineries achètent tout le brut disponible, même très cher, sûres de revendre le diesel avec un bénéfice confortable.

« maintient les prix élevés même si les exportations de pétrole du Golfe augmentent »

Michael Tamvakis, spécialiste du commerce des matières premières, à propos de cette demande des raffineurs.

La pression vient aussi du produit raffiné. Les frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes ont endommagé des raffineries sur tout le territoire. La Russie reste pourtant un exportateur important vers la Chine et l'Inde, rappelle Dag Harald Claes, de l'université d'Oslo.

Résultat, selon Adi Imsirovic : « Il y a peut-être davantage d'exportations de brut, mais il est toujours aussi difficile de passer commande pour des barils sur les marchés ».

Pas de baisse sensible attendue à court terme pour votre plein

Le G7 a annoncé le 2 octobre son intention de libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut dans les quatre mois à venir. Emmanuel Macron a jugé que cette décision devrait faire baisser les prix.

Les analystes sont plus prudents. Le retour du pétrole du Golfe pourrait stabiliser les cours, estime Agata Loskot-Strachota, « mais ce n'est pas suffisant, à court terme, pour le faire baisser sensiblement ». Les traders, eux, anticipent une nouvelle escalade du conflit. Dag Harald Claes les dit échaudés par juin : ils « se sont fait avoir la dernière fois en croyant que la situation allait s'arranger ». Il juge aussi « encore un peu tôt » pour affirmer que la menace iranienne n'affecte plus les prix.

Pour votre budget, le message est clair : ne comptez pas sur un reflux rapide du gazole ou du fioul. Les signaux à suivre sont le baril autour de 100 dollars et la mise en oeuvre du plan du G7.

Vos questions

Pourquoi le plein ne baisse-t-il pas alors qu'Ormuz a rouvert ?

Les exportations du Golfe ne sont revenues qu'à environ 80 % de leur niveau d'avant-guerre. Les stocks sont très bas et les raffineries achètent tout le brut disponible, même très cher. Les traders redoutent aussi une nouvelle escalade.

Le baril va-t-il retomber à 65 dollars comme en juin ?

Rien ne l'indique dans les analyses actuelles. En juin, un protocole d'accord entre Washington et Téhéran ouvrait la voie à une paix durable. Aujourd'hui, la reprise repose sur des mesures d'urgence, et le baril stagne autour de 100 dollars.

Que change l'annonce du G7 sur les barils libérés ?

Le G7 veut libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut dans les quatre mois. Emmanuel Macron pense que cela devrait faire baisser les prix. Les analystes jugent toutefois que la stabilisation ne suffit pas, à court terme, pour une baisse sensible.

Sources : lenergeek.com.

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